Laboratoire de recherche en histoire de l’art

Thèmes fédérateurs - Projets de recherche 2010-2013

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Sergio de Castro devant le carton à grandeur d’exécution du vitrail de Moïse à la collégiale de Romont (Suisse), 1980.
Sergio de Castro devant le carton à grandeur d’exécution du vitrail de Moïse à la collégiale de Romont (Suisse), 1980.
Phot. D. Souse. Avec l'aimable autorisation de l'artiste

Au sein du Centre André Chastel, les deux thèmes fédérateurs de la période précédente sur l’Artiste et sur Paris sont maintenus en raison du nombre et de la qualité des travaux qui s’y rapportent, dans la lignée de ceux signalés dans le bilan. S’y ajoutent deux nouveaux thèmes qui permettront de développer davantage les synergies au sein du laboratoire sur des pistes stimulantes : ils concernent l’iconologie du paysage et la question épistémologique des limites en histoire de l’art (frontières géographiques, chronologiques et thématiques), qu’il convient de reconsidérer.

 

1. L’artiste

Le prochain plan quadriennal verra l’aboutissement d’opérations d’envergure liées au thème de l’artiste. La publication de monographies d’architectes (Jacques Androuet du Cerceau ; Étienne Dupérac ; Louis et Clément Métézeau ; Pierre Le Muet ; Libéral Bruand ; Jules Hardouin-Mansart) s’accompagnera d’une réflexion d’ensemble aboutissant à une synthèse dirigée par Claude Mignot.

Amiens, cathédrale Notre-Dame, labyrinthe. Réfection du XIXe siècle de l’original mis en place en 1288 dans la nef par le troisième architecte de la cathédrale, Renaud de Cormont © Centre André Chastel / phot. C. Lemzaouda

Différents travaux permettent de développer les thématiques autour de :

  • la culture des artistes
  • leur faculté de médiation
    • et de leurs rapports avec d’autres domaines d’invention (la philosophie, la littérature et les arts dramatiques, les sciences cognitives à l’époque contemporaine notamment ; la typographie, l’édition)
    • en raison de leurs déplacements (Édouard André, paysagiste),
    • en raison des contacts qu’ils nouent (correspondances de Delacroix et de Félicie de Fauveau),
  • les conditions pratiques de la création (ateliers de peintres-verriers ; atelier Theunissen)
  • la diffusion
    • marché de l’art : commerce du luxe à l’époque moderne et circulation de la peinture espagnole en Europe au XIXe siècle
    • reproduction des œuvres par l’estampe et la photographie
    • les revues (XXe-XXIe siècles)

 

2. Paris

Forte d’un grand nombre de travaux, certains véritables ouvrages de référence sur la ville, l’unité encourage les opérations sur l’art à Paris depuis le Moyen Âge jusqu’à nos jours. Elles couvrent le spectre de la création artistique depuis la commande jusqu’à la livraison et la diffusion des œuvres, mais touchent également le patrimoine archéologique et architectural de la ville et de ses abords sans négliger la notion de paysage urbain si foisonnante dans le cas de Paris. Enfin une attention particulière est portée à l’impact de l’activité artistique sur l’extérieur, à l’horizon international, tout comme à l’expression du cosmopolitisme sur place.

Paris, Saint-Germain-l’Auxerrois, portail ouest central, trumeau : la Vierge à l’Enfant, détail (ca 1230) © Centre André Chastel / phot. C. Lemzaouda

Dans la suite du colloque international sur les artistes étrangers à Paris, les recherches sont menées sur le renouvellement de la population artistique parisienne par les apports extérieurs.

Les aspects institutionnels doivent connaître de nouveaux développements avec les recherches menées par Basile Baudez et Marie-Claude Chaudonneret sur les institutions artistiques du règne de Louis XVI aux débuts de la Seconde République. La situation de Paris pourra être utilement comparée avec d’autres capitales artistiques comme Londres ou Berlin.

La connaissance du développement urbain de Paris devrait être profondément renouvelée grâce à un projet d’étude globale des caves parisiennes de l’Antiquité à nos jours qui permettra de retrouver l’infrastructure du développement urbain depuis deux millénaires, de la période gallo-romaine jusqu’à l’ère industrielle à l’horizon de la ville actuelle, sans exclure des liens avec la périphérie. Ce projet ambitieux ne peut être mené à bien qu’en association avec la Commission du Vieux-Paris, le Conservatoire national des arts et métiers et le service régional de l’Archéologie. Des contacts ont été pris et une première réunion de présentation organisée au printemps dernier. L’objectif est de mettre sur pied un projet interdisciplinaire (histoire de l’urbanisme, de l’architecture, géologie, archéologie monumentale et industrielle) qui sera soumis à l’ANR dans les mois qui viennent.

Certains travaux en cours (thèse de V. Soulay sur l’impact du fait religieux sur le développement de la rive droite du haut Moyen Âge au XVIe siècle ; différents atlas historiques du développement de Paris …) y trouveront par conséquent des développements naturels.
Parallèlement seront poursuivis les travaux de cartographie (SIG) qui permettent de fixer les différentes découvertes et de les mettre en liaison immédiate entre elles.

Normand aîné, Paris moderne, Paris, 1843. Frontispice © Centre André Chastel

Le recensement et l’étude des Guides de Paris (Olga Medvedkova) permettront de préciser l’image donnée par la ville et sa perception depuis l’époque moderne.

Pour ce qui est de la période contemporaine, le cas de Paris permettra de réviser certains mythes de la géographie artistique. Françoise Levaillant fera une place importante aux contrastes et contradictions qui se révèlent sous les mythes tenaces de l’École de Paris.

Le principe de l’analyse reposera sur la révision de certaines séquences historiques comme les années vingt, sur la réévaluation de la place des artistes étrangers à Paris (par exemple, les Espagnols), sur la comparaison des milieux, sur la « tension » entre auteurs du monde littéraire ou philosophique et figures du monde artistique après la Seconde Guerre mondiale.

Révision des années vingt

En ce qui concerne ce premier axe, nous poursuivrons l’étude amorcée avec notre conférence de 2006 à Kyoto : « Années folles et Retour à l’ordre, des lieux communs à réviser ».

Espagnols à Paris, v. 1900-1930

En ce qui concerne le deuxième axe, nous ferons appel aux étudiants boursiers venus travailler au Centre Chastel sur les artistes espagnols à Paris (Cristina Rodriguez Samaniego, Noemi de Haro Garcia, Isaac Ait Moreno, Idoia Murcia) mais aussi à Emmanuel Guigon et Christian Perazzone qui ont longtemps exercé des fonctions muséologiques en Espagne.

Tensions, confrontations, dialogues après 1945

En ce qui concerne ce troisième axe, nous souhaitons prendre appui sur les travaux de Sarah Wilson, professeure au Courtauld Institute et commissaire d’expositions, pour laquelle le Centre Chastel demande un CDD de 6 mois à partir du 1er octobre 2009. Le Dr Sarah Wilson est en effet une des rares historiennes de l’art à envisager les rapports entre le travail philosophique des auteurs français des années 1970 et celui des artistes sur lesquels ils écrivent. Il s’agit d’une forme de confrontation originale qui renouvelle la relation entre la production des sciences sociales dont le creuset est àParis et une certaine production artistique. D’autres chercheurs seraient sollicités, comme Thierry Dufrêne, Marianne Jakobi, Julie Verlaine, sur les questions corollaires de l’édition sur l’art. On voudrait faire ressortir des mises en tension propres au milieu parisien.

Transferts culturels

De l’édition parisienne à l’édition québécoise avant 1940. Ce cas de figure particulier serait traité par Stéphanie Danaux, post-doctorante.

 

3. Iconologie du paysage

Depuis deux décennies, les études culturelles sur le paysage (cultural landscape studies) ont mis à profit l’idée d’appliquer l’iconographie, méthodologie issue de l’histoire de l’art (Aby Warburg, Erwin Panofsky, etc.), à l’interprétation des différents niveaux de signification du paysage, suivant une proposition formulée initialement dans le domaine de la géographie culturelle (Denis Cosgrove et Stephen Daniels dir., The Iconography of Landscape : Essays on the Symbolic Representation, Design and Use of Past Environments, Cambridge, Cambridge University Press, 1988).

Poursuivant ce dialogue entre les disciplines, l’approche développée par ce thème vise à rendre compte de la construction, de la perception et de la représentation du paysage à partir de perspectives qui, relevant de l’histoire de l’art, bénéficient des renouvellements qu’a connus la notion d’iconologie depuis sa théorisation au cours du XXe siècle comme « herméneutique du visuel ». Trois grands types de questionnements seront ainsi abordés :

  • En étendant la démarche d’« iconologie du monument » expérimentée pour la période médiévale par l’Équipe Villard de Honnecourt, il s’agira d’étudier les éléments signifiants qui, individuellement mais aussi par leurs relations réciproques, contribuent à conférer à tel paysage son identité, tels que les édifices « emblématiques », civils ou religieux, dans un paysage urbain. Cette perspective pourra notamment s’appliquer à Paris et à l’Île-de-France, terrain d’un autre thème fédérateur, selon un croisement des approches.
  • L’analyse du paysage en tant qu’image signifiante – soit que le paysage constitue le sujet principal d’une œuvre, soit qu’il se présente comme motif privilégié dans son économie symbolique – sera menée en fonction des différents supports et genres artistiques appréhendés par les équipes de l’unité, qu’il s’agisse de la peinture (notamment sur les théories et les pratiques du « paysage idéal »), de l’estampe, des arts de l’éphémère, du vitrail, etc.
  • Suivant le paradigme herméneutique qui sous-tend aussi bien l’iconologie que la « description dense » telle qu’elle a été définie en anthropologie à partir de Clifford Geertz, une perspective synthétique s’attachera à rendre compte de la pluralité des structures et des systèmes de signification à l’œuvre dans le paysage, mettant en particulier en évidence les différentes valeurs – sociales, idéologiques, politiques, religieuses, etc. – que le paysage incarne au sein des sociétés et des cultures, les multiples fonctions, parfois contradictoires, dont il se trouve investi.

Le traitement en cours (par Geneviève Marion et Camille Ridel-Brouillard) d’un fonds photographique réalisé à la fin des années 80 sur le patrimoine des Villes d’art et d’histoire, cédé au Centre Chastel par la direction de l’Architecture et du patrimoine du ministère de la Culture, offrira l’opportunité d’aborder l’incidence de l’architecture sur le paysage urbain, sur un échantillon représentatif à l’échelle nationale.

 

4. « L’histoire de l’art et ses limites » : questions épistémologiques

La question des limites en Histoire de l’art, d’ordre géographique, chronologique ou thématique, amènera à reprendre de façon critique les données de l’historiographie pour s’interroger sur la pertinence de bien des notions et des catégories, stimulantes sans doute à l’époque de leur invention, mais qui ont pour certaines d’entre elles sclérosé la recherche. Ainsi des visions nationalistes de l’art, de coupures chronologiques arbitraires comme celle qui isole le Moyen Âge des Temps modernes, l’Ancien Régime de l’époque contemporaine, ou d’une vision figée de la création artistique par technique d’expression au mépris de la polyvalence des artistes, phénomène dominant. Ce sont des questions de ce type abordées au sein des équipes qui seront regroupées pour fonder un paysage plus nuancé de l’histoire de l’art du Moyen Âge à nos jours.

Le Centre Chastel s’est efforcé depuis plusieurs années de veiller à l’élargissement de l’histoire de l’art dans une perspective d’histoire culturelle qui intègre des champs longtemps inexplorés comme les arts de l’éphémère ou l’histoire des jardins et des paysages qui y ont maintenant toute leur place.

Auxerre, la cathédrale Saint-Étienne dans la ville © Centre André Chastel - Fonds Gaillard

Transdisciplinarité

Par ailleurs la notion de transdisciplinarité n’est pas restée un vain mot. Dans un souci permanent de décloisonnement entre les champs de la recherche engagé depuis plusieurs années, se sont développés des liens étroits avec :

  • La littérature et les arts du spectacle : du Moyen Âge (travaux de F. Joubert et Rose-Marie Ferré) à nos jours en passant par l’époque classique (J. de La Gorce)
  • La poésie (A. Mérot)
  • La philosophie (C. Chomarat-Ruiz)
  • La géographie et les études sur l’environnement (H. Brunon et M. Mosser)
  • L’archéologie : travaux de Sylvie Balcon et Dany Sandron concernant l’architecture et l’espace urbain ; expérimentation archéologique menée par l’Équipe vitrail
  • Les sciences cognitives et neuro-sciences (A. Pierre)
  • L’histoire de l’édition (F. Levaillant)
  • La génétique des arts (M. Jakobi)

Ouverture géographique

  • L’élargissement du champ d’étude du national à un horizon européen sera poursuivi notamment dans les travaux portant sur l’histoire de l’architecture, médiévale (D. Sandron sur l’architecture autour de 1400), moderne (Cl. Mignot et Rencontres européennes ; O. Medvedkova, espace architectural européen) et contemporaine (S. Texier, W. Szambien), ainsi que sur l’histoire des jardins (thème « De l’émergence des États modernes à la mondialisation » de la section « Jardins et paysages » de l’ERHAM).
  • D’autre part, les rapports entre l’Europe occidentale et d’autres foyers de culture ou centres de civilisations feront l’objet de travaux spécifiques :
    • Orient et Occident méditerranéen (F. Joubert en relation avec l’École française d’Athènes)
    • Occident / Proche et Moyen-Orient : le Centre Chastel pourra naturellement s’associer aux activités de recherche menées par l’antenne de la Sorbonne-Abu Dhabi (S. Texier pour l’architecture contemporaine)
    • Les liens étroits entre l’Europe et l’Extrême-Orient (Japon notamment) pourront continuer à être étudiés à la faveur des contacts pris par certains chercheurs (F. Levaillant).

Chartres, cathédrale Notre-Dame, flèche nord (début XVIe siècle) © Centre André Chastel / phot. I. Isnard

Limites chronologiques

Une perspective d’étude iconologique du phénomène artistique oblige à s’affranchir des périodisations académiques toujours en vigueur en histoire de l’art, fondées abusivement sur des critères formels, pour défendre une conception de l’histoire de l’art plus ouverte aux phénomènes d’historicisme de toutes formes (réemploi ou spolia ; continuité d’action plus ou moins apparente des hommes et des politiques ; citations de modèles plus ou moins éloignés dans le temps et l’espace).

Il est par conséquent nécessaire de revenir sur des frontières chronologiques restées trop longtemps hermétiques.

  • Pour celle arbitrairement fixée entre le Moyen Âge et la Renaissance, des travaux en cours appelés à se développer montrent l’intérêt de pousser les recherches jusqu’à une date avancée du XVIe siècle, comme l’illustrent le colloque tenu en 2007 sur le gothique de la Renaissance ou les recherches d’Étienne Hamon sur la création artistique à Paris (1480-1520), ou encore de nombreuses thèses en cours sous la direction de Fabienne Joubert, Claude Mignot et Dany Sandron.
  • Le projet de Basile Baudez et Marie-Claude Chaudonneret sur les institutions artistiques depuis le règne de Louis XVI jusqu’à la Seconde République obligera à nuancer fortement la vision schématique d’une rupture à l’époque révolutionnaire.
  • La création contemporaine demande à s’attacher aux références qu’elle entretient avec les périodes antérieures, insuffisamment étudiées, notamment avec le XIXe siècle où la modernité du XXe siècle a largement puisé (Arnauld Pierre).

Mise à jour du texte du programme : janvier 2009

Ouvrages récents

How To Do Things with[out] Words
Les Carnets du paysage, n° 26
Le commerce de luxe chez les marchands merciers parisiens pendant le règne de Louis XIV

Les membres

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