« Paradis perdus » : Séminaire n°3

« Paradis perdus » : Séminaire n°3

La délocalisation de la vie - L'histoire de l'expansion européenne à travers la relation aux plantes

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Codex Tudela, codex aztèque du milieu du XVIe siècle, Museo de America, Madrid

Type

Type: 
Séminaire

Date

Date: 
15 Janvier 2019

Lieu

Lieu: 
Galerie Colbert, salle Giorgio Vasari
  • Avec Samir Boumediene (CNRS).

« En circulant en Amérique et à travers l’Atlantique, la plante médicinale devenue drogue confère aux marchands, aux médecins, aux savants et aux autorités un pouvoir accru sur les pratiques de soin. Ils se battent pour accréditer les produits qu’ils vendent ou dont ils jugent l’usage vital ; et luttent contre l’emploi des substances rivales ou dangereuses. Le commerce des plantes médicinales contribue non seulement à la standardisation des pratiques mais accentue de façon plus générale l’emprise de l’économie, de l’intérêt et de la valeur marchande sur les rapports au monde.

Cette emprise se marque également dans les paysages, là où sont installées des plantations, là où les arbres à quinquina disparaissent, là où les arbustes à coca sont rasés. Lorsque les manières de parler deviennent des langues générales, lorsque les déplacements de personnes se multiplient, la diffusion des marchandises achève de désarticuler les relations aux lieux. L’usage distant dicte l’usage local, une existence s’impose à une autre, des produits relient des personnes qui s’ignorent. Ce n’est pas une « mondialisation », ce n’est pas une « globalisation » ; c’est une délocalisation de la vie. »

 

Samir Boumediene est un historien dont les travaux  se situent à l’interface de l’histoire des sciences et de l’histoire coloniale. En 2016, il publie La Colonisation du savoir. Une histoire des plantes médicinales du « Nouveau Monde » (1492-1750), aux Editions des Mondes à faire (Vaux-en-Velin). Cet ouvrage revient sur la dimension savante de l’exercice du pouvoir à l’époque moderne et interroge la « connaissance »,  en rendant intelligibles, dans leurs dimensions sociales et culturelles, les rapports entre sciences et savoirs en territoires coloniaux. En prenant les plantes comme indicateurs de rapports de force, l’auteur explore les modalités d’extraction, matérielle et politique, des savoirs autochtones du « Nouveau Monde » sur les plantes et leurs diffusions, scientifiques, commerciales, voire « charitables » en Europe. Ce livre d’une très grande érudition, particulièrement novateur par sa méthodologie, se situe au croisement des études postcoloniales et des humanités environnementales. Il est issu d’une thèse lauréate du Prix du Musée du Quai Branly en 2014. Samir Boumediene est chargé de recherche au CNRS, à l’Institut de recherche des représentations et des idées dans les modernités (IRHIM ), rattaché entre autres à l’Ecole normale supérieure de Lyon – unité trans-séculaire (XVIe-XXIe siècles) et pluridisciplinaire qui propose une approche historicisée des idées et des représentations littéraires, symboliques, artistiques et scientifiques, reposant sur la conviction que l’on ne peut comprendre le monde contemporain dans ses racines et ses structures que par une profonde connaissance du passé dont il est issu.

 

Paradis perdus : colonisation des paysages et destruction des éco-anthroposystèmes

L’idée que la nature comme espace essentiel et vital de l’être humain a été contaminée à jamais par un processus irréversible de destruction des écosystèmes fait naître de par le monde la manifestation d’un désenchantement qui dit qu’un équilibre fondamental à l’existence humaine a été rompu. Nombre de travaux relevant des humanités environnementales tentent grâce aux ressources iconographiques et textuelles de faire le récit de cette rupture. En amont il y aurait eu un autre monde à jamais perdu. C’est l’enseignement de ces travaux et les sources auxquelles ils font appel que ce programme souhaite distinguer et mettre en perspective. Ces sources sont pour certaines encore trop méconnues, notamment celles produites par les scientifiques – botanistes, zoologues, géologues, géographes, etc. – et les artistes qui ont accompagné, sans pour autant les soutenir, les déploiements coloniaux. Pour des raisons politiques et culturelles, ces sources ont été recouvertes.

Le programme « Paradis perdus : colonisation des paysages et destruction des éco-anthroposystèmes » vise à contribuer auprès de la communauté scientifique et au-delà, par l’élaboration de connaissances sur les images, les textes et les transformations de lieux, au mouvement actuel des humanités environnementales – qui cherche à dépasser le dualisme entre nature et culture et à repenser l’action humaine sur Terre face aux urgences climatiques et écologiques –, aussi bien du point de vue des intentions qui sont à l’origine de ces productions, que de leurs modes de présentation, de réception et de la continuité de leurs effets.

Le programme « Paradis perdus : colonisation des paysages et destruction des éco-anthroposystèmes » s’inscrit simultanément dans le cadre des études postcoloniales, dans le double sillage de l’histoire mondiale et de l’histoire globale et dans le tournant écologique des sciences humaines et sociales. Il entend participer à la poursuite d’une histoire environnementale de la colonisation, à l’élaboration d’une histoire environnementale de l’art, tout juste émergente, et au développement des études sur le paysage dans toutes ses dimensions, à l’échelle globale.

En partenariat avec l'Institut national d'histoire de l'art.

 

Le 15 janvier 2019 - 18h30-21h30
Galerie Colbert, salle Giorgio Vasari
Institut national d’histoire de l’art
2, rue Vivienne ou 6 rue des Petits Champs
75002 Paris

entrée libre

Renseignements : atelier.paradisperdus@inha.fr

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