Appel à communications - Femmes-oiseaux et encagements genrés

Appel à communications - Femmes-oiseaux et encagements genrés

Genre, sexualité et désir autour des cages et des volières

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Gravure tirée d’Alphonse Dubois, Autour d’une volière. Oiseaux de France et oiseaux exotiques, Limoges, Eugène Ardent & Cie, 1896 ; Rúrí, Woman/Freedom, 1973 (reconstruit en 2011), © Pétur Thomsen/ Rúrí ; Affiche du film The Big Bird Cage, réalisé par Jack Hill, 1972 ; Une artiste du cirque d’état russe durant le spectacle Feyeriya à Ivanovo, 3 avril 2021 (Photo. Vladimir Smirnov/TASS, publiée dans The Gardian du 04/04/21) ; Michel Garnier, Une femme venant de recevoir le portrait de son mari, le présente à la place qu’elle lui destine, 1799, collection particulière.

Type

Type: 
Appel à communication

Date

Date: 
5 Juillet 2021

Lieu

Lieu: 
Maison des Sciences de l’Homme, Lyon
  • Journée d’études
  • organisée par Flaminia Bardati, Julien Bondaz, Emmanuel Lurin et Mélanie Roustan
  • 2 et 3 décembre 2021
  • Maison des Sciences de l'Homme, Lyon

Cette journée d’études, organisée dans le cadre du programme de recherche  « Nature(s) en cage(s) : une approche interdisciplinaire des volières » (PuNaCa - Putting nature in a cage : an interdisciplinary research program on aviaries), est consacrée au motif de l’encagement féminin. Elle vise à étudier, dans une perspective pluridisciplinaire, sur des plans aussi bien symboliques que matériels, pratiques, iconographiques ou linguistiques, les relations qui se sont tissées entre le goût pour l’ornithologie, les rapports de genre et les imaginaires de la contention appliqués à l’amour et à la sexualité. Les pratiques d’encagement constituent une porte d’entrée idéale pour l’étude des analogies entre humains et oiseaux et des rapports de genre que cette ornithologisation révèle : érotisation, domestication et prédation, domination et libération. L’accent sera mis, sans exclusive, sur le versant féminin de la problématique, qui semble constituer le sujet central de ces phénomènes.
Dans une telle perspective, l’encagement féminin peut s’entendre de deux façons : on discutera aussi bien le motif de la mise en cage de femmes assimilées ou comparées à des oiseaux que celui, particulièrement bien diffusé en Europe à partir du XVIIIe siècle, de la femme conservant en cage des oiseaux – sinon des hommes, bien que cette analogie soit moins fréquente (les hommes étaient par ailleurs largement représentés dans l’iconographie de la chasse aux oiseaux ou avec les oiseaux). Nous serons également attentifs à la question du genre et de la sexualité des oiseaux encagés.
Les communications attendues s’attacheront ainsi à montrer comment dans différents champs, à des époques et dans des cultures diverses, la cage constitue un objet ou un dispositif bon à penser les rapports de genre, la production d’images de la féminité et d’expressions du désir masculin, la construction de normes sexuées et de clichés hétérocentrés, en même temps que leur possible remise en question, à travers toute une gamme de retournement des stigmates et d’inversion des rôles.
La cage peut d’abord, en elle-même, être envisagée comme un objet de désir, lieu de l’enfermement amoureux, voire métaphore du sexe féminin. L’encagement se voit alors doté de potentiels érotiques ou pornographiques. Les motifs de l’Amour chasseur ou chassé, des « amours en cage » et des « cages amoureuses » comme ceux du dénicheur d’oiseaux et de l’oiseleur capteur de femmes ou – plus rarement – de l’oiseleuse collectionneuse d’amants font de la cage un objet de désir souvent ambivalent où l’attachement amoureux peut se changer en dispositif d’aliénation, où l’amour protecteur vire à l’encagement, voire à la contention. Cette ambivalence est redoublée par le jeu d’ouverture ou de fermeture (et parfois de dissimulation et de dévoilement) qu’elle permet, par les tensions entre captivité et libération, entre pénétration et évasion, favorisant l’expression du désir, du flirt ou de l’acte amoureux, mais aussi de rapports de force, de formes de sexualité jugées déviantes, voire de violence ou de viol. Selon les cas, on oscille ainsi entre expression de l’amour courtois, jeu de séduction, technique d’emprise et pouvoir de la rétention ou du confinement. La domination des humains sur les oiseaux de cage ou de volière peut ainsi servir de modèle pour légitimer ou, à l’inverse, critiquer les formes de domination masculine.
Mais la cage peut tout aussi bien signifier le foyer, l’assignation à domicile, renvoyant à la sphère domestique, à l’espace privé sinon intime, entre-soi bourgeois ou cocon familial. L’ambivalence entre contention et liberté permet alors d’illustrer les pires stéréotypes associés à la figure de la femme au foyer ou de la célibataire esseulée, aussi bien que leurs désirs d’évasion et d’émancipation. Les images comme les pratiques d’encagement d’oiseaux prennent alors d’autres significations, se retrouvant investies de valeurs positives. Mais la cage peut également signaler l’ambivalence des logiques de protection contre le monde extérieur, quand elle ne devient pas, en même temps que le symbole du célibat, celui de la virginité à conserver ou à conquérir. Là encore, la diversité des regards et des jugements témoigne de rapports de genre complexes, historiquement et culturellement variables.
Au-delà de l’encagement individuel, le motif de la volière élargit ces perspectives à la question des collectifs féminins. Les métaphores et les images de la volière sont souvent mobilisées pour désigner des groupes de femmes, pointant là encore, bien souvent, des stéréotypes de genre, des assignations, des stratégies de hiérarchisation entre individus, genres ou classes, autour des thèmes de la volatilité et du bavardage, de la superficialité voire de la légèreté de mœurs ou de la dépravation avec la volière comme synonyme de la maison close en argot du siècle passé.
Ce champ de métaphores, d’analogies et de pratiques s’ouvre également à la question de la mode et de la publicité, depuis l’histoire de la plumasserie jusqu’aux égéries aériennes de la création contemporaine ou des publicités pour parfums ou à la remise à la mode des pratiques d’effeuillage dans des spectacles de cabarets se revendiquant queer et émancipateurs, qui se réapproprient non sans ambiguïtés ces figures féminines à la fois libres et dominées tout au jouant sur de supposés désirs masculins standardisés. Il s’agit là encore de pointer la plurivocité de ces déclinaisons, en prêtant attention non seulement aux nombreuses situations où les hommes trouvent place autour ou à côté des cages, mais aussi à l’intérieur, où les femmes occupent des rôles également plus variés, au-delà des normes et des clichés hétérocentrés. La cage favorise aussi bien l’expression ou la matérialisation de pratiques de domination que des stratégies de subversion.
Ces usages du motif de l’encagement féminin, sérieux ou ludiques, oppressifs ou humoristiques, souvent ambivalents et réversibles, se retrouvent dans des traditions matérielles, figuratives, littéraires, linguistiques, musicales,théâtrales, chorégraphiques ou cinématographiques susceptibles d’être étudiées sur la longue durée. Les communications pourront porter aussi bien sur des objets ordinaires que sur des œuvres variées, anciennes comme contemporaines, méritant d’être mises en perspective et analysées de manière critique et problématisée. Elles pourront également concerner des pratiques révélées par des archives écrites ou visuelles, mais aussi observables aujourd’hui encore. Il ne s’agit donc pas de mobiliser la cage ou la volière uniquement en tant qu’allégorie ou métaphore, mais d’interroger ce que la matérialité de tels dispositifs d’enfermement fait aux pratiques, aux images et aux discours concernant les rapports entre les femmes et les hommes.
Cette journée d’études est donc largement ouverte à l’histoire, à l’histoire de l’art, à l’histoire de l’architecture ou des jardins, à l’histoire de la mode, aux arts du spectacle, à la sémiologie, aux études visuelles, musicales, cinématographiques, théâtrales, chorégraphiques ou littéraires, aux études de genre, à la sociologie et à l’ethnologie.

Les propositions de communication, de 2500 signes environ, sont à envoyer pour le 5 juillet 2021, à :

Flaminia  Bardati,  architecte  et  historienne  de  l’art,  docteur  HDR,  est  Professore  Associato  en  Histoire  de l’architecture à la faculté d’architecture de l’Université La Sapienza de Rome.

Julien  Bondaz  est  ethnologue,  maître  de  conférences  à  l’Université  Lumière  Lyon  2  et  membre  du  Laboratoire d’Anthropologie des Enjeux Contemporains, ainsi que du Centre Alexandre Koyré (EHESS-CNRS-MNHN).

Emmanuel Lurin est maître de conférences en histoire de l’art des Temps modernes à Sorbonne Université, Faculté des Lettres, et membre du Centre André Chastel.

Mélanie Roustan est anthropologue et muséologue, maître de conférences au Muséum national d’Histoire naturelle, membre du Laboratoire Paloc (Patrimoines locaux, environnement et globalisation, IRD-MNHN).

Le  programme  de  recherche « Nature(s)  en  cage(s) :  une  approche  interdisciplinaire  des  volières »  (PuNaCa  - Putting nature in a cage: an interdisciplinary research program on aviaries) a obtenu un soutien financier d’Opus, l’Observatoire  des  patrimoines  de  Sorbonne  Université,  et  un  budget  de  recherche  sur  trois  ans  de  la  part  du programme Émergence de Sorbonne Université. Pour en savoir plus sur ses axes de recherche et ses activités, voir https://etudierlesvolieres.wordpress.com/

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